L' intertextualité (avec Homère, mais aussi avec les contemporains) a depuis longtemps été reconnue comme la caractéristique principale de la poésie hellénistique et, à présent, on ne déprécie plus les allusions nombreuses comme seulement l' étalement de connaissances scientifiques. Or, d' après Seiler, cette pratique de l' allusion n' a pas encore été analysée dans toute sa complexité. À son avis, la technique de l' oppositio in imitando et l' attitude ironique des poètes hellénistiques ne suffisent ni à révéler toutes les relations subtiles entre les modèles et les imitations, ni à dévoiler la cohérence sémantique des poèmes eux-mêmes, ni enfin à comprendre leur fonctionnement dans leur contexte culturel propre. Trop souvent les commentateurs modernes ont limité leurs analyses aux allusions verbales, tout en négligeant le caractère allusif de passages complets et en n' appréciant pas à sa juste valeur la tendance globale d' autoréflexion et de dialogue sur ce que devrait être le poème idéal. Afin de révéler cette dernière dynamique, Seiler propose une méthodologie nouvelle d'analyse littéraire, basée d' une part sur la poétique structurale de R. Jakobson, R. Barthes et J. M. Lotman, d' autre part sur les théories sémiotiques d' Umberto Eco. Selon cette approche, les textes des poètes hellénistiques ne sont pas simplement porteurs d' une signification, mais sont plutôt des parcours esthétiques qui exigent constamment du public récepteur une lecture interprétative. De façon très subtile, Seiler applique cette méthodologie à plusieurs Idylles de Théocrite, notamment (dans cet ordre): Id. 25 (Héraclès Léontophonos), à considérer comme une réponse à la Victoria Berenices de Callimaque; Id. 7 (Les Thalysies), qui contient une autoréflexion sur le poème kata lepton; Id. 11 (Le Cyclope), confrontation de la poésie avec le pathos érotique; et Id. 1 (Thyrsis), qui fournit, dans la description du vase (v. 32-54), une théorie de la poésie idéale. - A. WOUTERS.